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L'APPETIT DE LA MORT

L’appétit de la mort a été publié aux éditions Clapàs en 2009. Celui-ci est accompagné de neuf créations originales de Lydie Arickx, artiste contemporain reconnue.

 

« L’Appétit de la mort est une œuvre fascinante par la rigueur de l’écriture, l’économie verbale qui me fait penser au mot de Guillevic : « Ecrire un poème, c’est sculpter du silence ». Par le mystère qui prend ici ou là l’initiative du discours et qui fait froid dans le dos. Deux vers taillés dans le silex (j’ai l’embarras du choix…) comme ceux-là « Il ne restait plus personne / pour rentrer ce bois mort » en disent plus et le disent mieux qu’une lente et laborieuse méditation sur la souffrance et la solitude. Et que cet itinéraire déchirant s’achève dans la lumière, voilà de quoi s’émerveiller. »

Serge Wellens, préface

 

« Le thème est certes tragique, morbide, mais il nous parle avec une certaine force de notre mort, avec une émotion maîtrisée et des pointes d’humour noir. »

Jean Joubert

Prix de l'Académie Mallarmé, Prix Renaudot

« Devant cette puissance aussi redoutable qu’impossible à localiser, le poète lance son infatigable lucidité, comme un explorateur que sauve chaque nouveau pas. »

Gilles Lades

« Je vous redis tout l'intérêt que j'ai eu à lire vos poèmes écrits sur un sujet si difficile, douloureux surtout, celui du suicide, ce tragique « appétit de la mort ». J'ai trouvé très pertinente la scansion de ces poèmes par le rappel des '7 péchés capitaux' - inversés, pour finalement être évidés, renversés à nouveau, sublimés dans "l'amour divin". »

Sylvie Germain

Prix Goncourt des Lycéens, Prix Fémina

« Reste le geste fraternel, mais posthume, du poème qui se place dans une situation extrême, celle d’opposer au désir d’en finir ce désir de commencer qu’est toute prise de parole, toute rupture du silence, toute proposition langagière, orale ou écrite, puisque le commencement est le verbe prenant chair. Ni verbeux, ni décharnés, les poèmes de Thomas Duranteau sont fermes et parfaitement définis : définitifs, cueillis à leur juste maturité. »

François Huglo

Extraits

Lac étale ou mer bruyante

ne gardait de ton saut

que le vague souvenir

d’une pierre déplacée

l’appétit de la mort

 

 

*

 

 

Pluriel entre ces eaux

banc ramassé par le courant

tu attendais le dénouement

pêcheur blasé

spectateur endormi

 

 

*

 

 

Dans l’arche des sauvés

on t’avait oublié

abandonné

jeté

       avec l’eau du bain

 

Note de lecture de François Huglo dans la revue Pages insulaires (avril 2010)

« On reste durablement bouleversé par un tel recueil, un tel poème, pourrait-on dire aussi, car la page d’une strophe ou deux peut être lue pour elle-même ou comme élément d’un ensemble. Stations multiples d’un seul chemin de croix ? Le livre est composé d’un poème unique, affrontant à plusieurs reprises le suicide sous sept formes : l’empoisonnement, la noyade, la défenestration, la pendaison, l’entaille d’une veine, le choc d’un véhicule contre un arbre, l’écrasement par un train. Chacune de ces formes correspond à un péché capital qualifié de divin dans une phrase elliptique, et cette absence de verbe laisse au lecteur le choix de l’interprétation, selon qu’il opte pour l’indicatif ou pour le conditionnel. Lisant
« Envie divine
que de refuser
qu’un autre touche les cieux
 »,
celui qui comprend « c’est envie divine » développe l’hypothèse d’un Dieu jaloux, mais lire « ce serait envie divine » suppose qu’il ne l’est pas, qu’il ne peut l’être. Cette hésitation, ou cette ambigüité, entre blasphème, cri de révolte, et foi, semble levée dans les trois pages finales, extraordinairement denses, où le suicide est magnifié, ou du moins assumé, comme expression de la liberté humaine et de la malléable disponibilité de la matière, cette « chance de la glaise » qui, dans le récit biblique, nous a façonnés, et qui accueille les corps sans vie.
Refusant toute fascination morbide, le regard posé sur le corps suicidé, ou sur ses restes, remonte du juste après au juste avant, pour retrouver le geste, sympathiser avec lui, mais l’accompagner l’aurait peut-être évité, tenir la main l’aurait peut-être retenue. Reste le geste fraternel, mais posthume, du poème qui se place dans une situation extrême, celle d’opposer au désir d’en finir ce désir de commencer qu’est toute prise de parole, toute rupture du silence, toute proposition langagière, orale ou écrite, puisque le commencement est le verbe prenant chair. Ni verbeux, ni décharnés, les poèmes de Thomas Duranteau sont fermes et parfaitement définis : définitifs, cueillis à leur juste maturité, de même que ceux de Serge Wellens n’étaient accueillis sur leur page qu’après avoir été roulés, longuement roulés, polis dans l’oreille comme par une mer intérieure.

Faut-il parler de filiation ? De fraternité plutôt, chacun des deux poètes reconnaissant dans l’autre sa propre exigence. Ni chez Duranteau ni chez Wellens, le verbe ne naît du verbe. Il affronte, au contraire, ce qui risquait de l’anéantir. Serge Wellens, qui avait préfacé Lucilie bouchère, salue en quatrième de couverture ce second recueil qui va plus loin dans la même direction. Sur cette voie, le poète chemine en compagnie de huit créations originales de Lydie Arickx. Sans redondance, au même niveau d’exigence et de sympathie, poésie et art contemporain dialoguent ici pour la plus grande joie du lecteur. »

 

 

Note de lecture de Thierry Piet

« Quel beau recueil de poèmes que cet « Appétit de la mort » de Thomas Duranteau ! Je l’ai lu et relu souvent. C’est un recueil que j’ai dévoré. Ils sont rares les livres qui m’accompagnent sur la table du salon ou sur la table de chevet pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines.
L’objet déjà est très réussi avec les créations de Lydie Arickx. Le contenu aussi.
Ce recueil pourrait faire frémir si on ne s’arrêtait qu’au seul sujet de la mort et surtout si on cherchait à le comparer à cet autre livre qui a fait couler beaucoup d’encre en son temps : « Suicide, mode d’emploi ».
Mais ici il s’agit d’un recueil de poèmes : je veux dire qu’on ne peut apprécier le sujet indépendamment de la forme que son auteur lui a donnée et de la force qui s’en dégage.
Ecrire sur la mort est toujours dangereux, car seuls ceux qui l’ont vécue pourraient en parler, et nous savons bien que cela ne s’est jamais vu et ne se verra jamais. Par contre, le poète peut toucher quelque chose de juste et de beau dans cette dernière seconde inéluctable qui fascine et interroge tout vivant.
C’est là le tour de force du poète, car Thomas Duranteau a su trouver une architecture et une justesse de ton qui donnent au recueil son caractère unique et vivant. Il n’y a rien de morbide dans cet ensemble de poèmes, mais il y a une force et une beauté qui se dégagent et qui se transforment en lumière.
En effet, la fascination réside pour moi dans cette écriture sobre et précise, presque tranchante et violente, qui suggère plus qu’elle ne dit, qui laisse passer un peu d’inconnu et de mystère entre les mots.
Dans chaque ‘chapitre’ suinte un peu de lumière biblique – j’ai reconnu au détour de certaines phrases ou images des allusions à l’Arche de Noë, au Sacrifice d’Abraham, à La Tour de Babel, à Sodome et Gomorrhe – mais alors que pourrait se fermer la pierre tombale sur chacun de ces chapitres , un éclair ou un éclat se pose comme un point d’interrogation ou une lueur d’espérance à qui veut bien la déceler (desceller). »

 

 

Note de lecture d'Alain Lacouchie publiée dans la revue Friches, n°105, septembre 2010
« Huit chapitres avec des titre surprenants : « s’empoisonner », « se noyer », « se pendre », « se tirer une balle », etc. Suicide, mode d’emploi ? Oui. Et, tout de suite, cette question de savoir pourquoi le poète s’engloutit dans la rédaction de ses suicides… En écho, dans ses courts textes à l’écriture sèche, il nous place face à ces diverses situations avec cette distance froide qi convient si bien à son discours :
« En me penchant sur l’eau
j’ai l’impression de te voir
dans mon reflet difforme
dans les grimaces de l’abîme
 »
Cette absence de concession nous inuse un malaise qui se transforme bientôt en interrogation(s) : solitude, mort, etc. Un recueil à lire plusieurs fois ?
En « bonus » : des illustrations en monochromes dans lesquelles des personnages incertains apparaissent à travers une ébauche, un trait qui dissipe dans des taches incertaines : malaise encore. Du travail fort. »

 

 

Note de lecture de Philippe Biget publiée dans la revue Poésie Première, n°48, novembre 2010/février 2011

« L’appétit de la mort est un banal constat biologique sans grand mystère. Toute autre est la fascination que l’issue fatale exerce sur beaucoup d’entre nous, ne serait-ce que de façon inconsciente ; elle hante l’esprit humain depuis l’origine des temps, toutes les mythologies en attestent. C’est ce domaine trouble que Thomas Duranteau explore au long d’une sorte d’inventaire des moyens de mettre fin à ses jours : s’empoisonner, se noyer, etc. En sept courtes compositions de sept poèmes chacune, le poète impute à Dieu les sept péchés capitaux. Ensuite, la magie du chiffre sept se brise. On n’avait pourtant que l’embarras du choix pour attribuer à Dieu d’autres péchés. Mais la huitième et ultime composition bascule dans un épilogue moraliste qui réconfortera les bonnes âmes sans ajouter à l’intérêt littéraire du livre.
Car cet intérêt est grand. Thomas Duranteau a le talent de condenser son expression poétique en images et tournures inventives :
Combien de temps dura ta chute ?
nul ne sait
le fracas a devancé l’impact
écho mal réglé

ou encore :
Une petite balle
à l’assaut d’un empire
uni dans sa finitude

Les illustrations expressionnistes et dynamiques de Lydie Arickx ajoutent à la dimension tragique de l’ouvrage. »

 

 

Note de lecture de Gilles Lades publiée dans la revue Lieux d'Être, n° 51, au printemps 2011

« Cet ouvrage sur la mort que l’on se donne n’est pas un traité sur le suicide, ni un sinistre inventaire des différentes manières de se suicider. Mais c’est tout de même un inventaire de cas où la pulsion de mort a trouvé, aurait trouvé à se satisfaire. D’où un classement (se noyer, se pendre, se tirer une balle,…) Le tragique est que cela « a eu lieu », et que l’on suit le cheminement fatal de l’idée, ou de l’acte, qui ne font plus qu’un.
Le dernier vers a souvent un terrible retentissement explicatif (à propos du poison : « Par ta bouche/ tu as voulu finir/ ce qui n’avait pu commencer » : quel amour, quelle parole placer dans « ce qui n’avait pu commencer » ?). La force de ces poèmes est de suggérer le terrible qui explique cet acte terrible. Et c’est alors que surgit la blessure la plus vive : « Tu avais gardé le visage rose/ d’une enfance encombrante ».
Souvent, le psychologique et le métaphysique se rejoignent. Par exemple : « Colère divine/ que d’engloutir le regard /de ceux qui ne regardent plus ».
Le suicide broie les perspectives avec une ironie tragique. De tel idéaliste suicidé par défenestration, il est dit :
« Pour toi / la hauteur seule/ donnait signe et perspective ».  
Cette ironie tragique se joue des apparences, comme dans ce sinistre échange de formes (pour une personne morte dans un accident) :
« le bois offre à l’acier/ le privilège/ de la dernière demeure ».
Dans ces textes brefs, le lecteur doit remonter tout l’espace du sous-entendu. Avec le poète, nous entrons dans le processus des derniers instants.
Souvent, l’ambiguïté est une cruauté de plus : comment interpréter « nourricier » dans « le retour nourricier de la voiture contre l’arbre et la terre ? »
L’exiguïté de la forme suggère l’enfermement et le tragique de l’enfermement : « Tu te savais/ tête et bras/ codétenus ».
L’on ne sait ce qui est le plus insoutenable, de l’horreur en pleine lumière, ou de l’indifférence : 

« Je préfère imaginer/ la couleur des wagons/ le sourire morne/ des passagers ».
Devant cette puissance aussi redoutable qu’impossible à localiser, le poète lance son infatigable lucidité, comme un explorateur que sauve chaque nouveau pas. »