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LUCILIE BOUCHERE

Lucilie bouchère est un recueil de poèmes publié aux Editions Clapàs en 2000 (et réédité en 2009 avec une nouvelle couverture).

Voici un extrait de la préface de Serge Wellens :

 

« Longtemps après en avoir achevé la lecture, cette suite de poèmes qui s'enchaînent rigoureusement pour n'en faire qu'un, continue de nourrir en moi le sentiment d'avoir transgressé les règles d'un hui-clos. Sans doute parce que chacun peut y reconnaître la place humiliante qui lui revient dans la relation du bourreau et de la victime. Ici, le persécuteur est d'autant plus redoutable qu'il est minuscule, insidieux, inattendu. Une simple mouche d'un vert métallique (dit le dictionnaire) qui, pour un peu, passerait inaperçue. Or l'insecte installe ses larves dans les plaies de sa proie et la leur donne à dévorer.
En vérité, il n'y a rien là d'insolite. C'est ainsi que cela se passe dans la nature où chaque espèce, usant impitoyablement des moyens de son bord,se nourrit d'une autre. Mais que ce fait divers des plus courants alerte un poète au talent singulier, terriblement doué pour l'exploration de l'imaginaire et la levée d'écrou de vérités secrètes, et voilà que nous assistons à l'assujettissement de quelqu'un qui nous ressemble comme un frère. D'ailleurs, chaque poème s'adresse précisément à nous : "A fleur de songe / se tient votre hôte" il n'est pas indifférent de noter que cette incursion du côté de la fatalité commence par un constat indiscutable et s'achève, treize poèmes plus loin, sur une question dont la réponse est loin d'être évidente : "Mais qui est-il cet hôte / qui vous suit et vous hante ?"
Entre la certitude et le questionnement règne une constante et multiforme ambiguïté. Déjà la double et contradictoire signification du mot "hôte" nous inquiète : qui habite ? Qui est habité ?... voilà comment indissociablement liée à l'homme, à son corps, à son univers, la monstruosité animale, bouchère de son état, brouille les pistes et se rend maîtresse d'un monde où "tout est simulacre". (...) »

 

« Ce recueil me laisse admiratif. L’économie des moyens, avec un sens très sûr, très précis du vers, de la strophe, du poème, et leur efficacité, leur relief, me donnent une impression de maturité (la formulation qui se détache comme un fruit mûr de la méditation). »

François Huglo

« Et quelle écriture prenante, originale. On joue avec les dieux, avec les mouches qui nous habitent. Ce petit livre a beaucoup de force. »

Hélène Cadou

 

© Jacques Vincent

« La lucidité de votre regard, sa cruelle ironie, c’est vous et personne d’autre. De « Lucilie bouchère », on ressort inquiet, impressionné… possédé ! Il n’y a rien à ajouter, rien à retrancher. Merci pour l’ « inconfort » que vous m’avez procuré. »

Christophe Jubien

« Vos poèmes sont d’une belle écriture, choisie et maintenue à ce niveau si particulier qui résulte du choix (et du risque) du poète. »

Jean Dubacq

Extrait

« Vous avez le don de l’image insolite et celui, non moins inattendu, du « sujet » insolent. L’ambiguité entre le tragique et l’humour. »

André Marrisel

Géant

incontournable

                        votre hôte

à l’entrée de ce tombeau vide

 

Sous l’œil consumé de la torche

il tente de cacher ce qu’on dirait sa bosse

apprivoise un morceau de pain

 

Derrière la meurtrière de l’homme civilisé

vous ne comprenez pas pourquoi même ses pieds

ont l’air de mains ouvertes

Note de lecture de Jean Dubacq dans la revue Les Hommes sans épaules (n°10, premier trimestre 2001)

« Pour sa Lucilie bouchère, Thomas Duranteau prend soin d'expliquer lui-même que cette Lucilie qui fait penser à une gentille fille de boucher dont on guette goulûment la croissance est une mouche dont les larves se nourrissent des plaies des mammifères sur lesquelles elle a pondu. Révéler ce secret après le dernier poème n'aurait pas été plus mal. Ambiguïté, corrélation, la parabole aurait été mieux confite dans ce secret d'un double sens qui fait que chacun des hôtes est l'hôte de son hôte. Il s'agit ici d'un insecte disputant sa nourriture aux bactéries. Abuser le sens pour accroître le sens est métier d'écrivain et Serge Wellens dans l'avant-propos (...) insiste justement sur les qualités de Thomas Duranteau qui fait preuve d'originalité et de métier, métier à hauts risques, celui d'écrire sous la surveillance de trois geôliers, l'entomologie, la poésie, son poète, la première étant la plus abusée. Au fait, qui sont-ils vraiment ces hôtes, et qui est vraiment le parasite ? Il était là / à faire des bulles de vos discours / bégayant à vos sons de cloche / toute pluie ouverte / sur les toits en ardoise. Il est toujours là "qui vous suit et vous hante". L'artiste n'attend-il pas à sa façon les papillons à naître des larves qu'il nourrit de ses moindres griffures d'âme ? »